Antenne immeuble

Quand tout s’effondre, les télécoms tombent aussi : faut-il s’en inquiéter ?

À l’heure où les événements climatiques extrêmes se multiplient, la vulnérabilité des infrastructures de télécommunication devient un enjeu majeur. Tempêtes, inondations et incendies mettent à rude épreuve les réseaux mobiles et Internet, essentiels en période de crise. Pourtant, leur sécurisation reste insuffisante révèle Le Monde.

Des infrastructures fragilisées par les aléas climatiques

Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a dévasté Mayotte, ne laissant que trois antennes mobiles opérationnelles sur 55. Les vents violents ont renversé pylônes et poteaux, coupant l’accès à Internet pour la majorité des habitants. Des situations similaires ont été observées lors de la tempête Alex en 2020 et des tempêtes Ciaran et Domingos en 2023.

L’électricité, un maillon faible des télécoms

Les antennes-relais dépendent de l’alimentation électrique pour fonctionner. Or, lors de catastrophes, les réseaux électriques sont souvent endommagés, retardant la remise en service des communications. Les opérateurs dénoncent le manque de priorité accordée à la réalimentation de leurs sites. Un décret de 1990, listant les services essentiels à préserver lors de délestages, ne mentionne pas les télécoms. Les opérateurs demandent une révision de ce texte pour que leurs infrastructures soient considérées comme prioritaires en cas de coupures volontaires de courant.

Une coordination perfectible entre acteurs

La remise en service des réseaux Internet fixe, essentiels pour les particuliers et les entreprises, est un processus complexe et long. Plus d’un mois après les tempêtes Ciaran et Domingos, environ 15 000 foyers bretons étaient encore privés d’Internet. Le manque de coordination entre les différents intervenants ralentit les opérations. Les gestionnaires de réseaux de fibre optique, souvent absents des plans d’urgence, peinent à être informés des incidents par les opérateurs commerciaux ou leurs clients.

L’enfouissement des câbles : une solution pas toujours adaptée

Enterrer les câbles de fibre optique est souvent présenté comme une solution pour les protéger des intempéries. Une étude de 2023 propose d’enfouir 115 000 kilomètres de fibre dans les zones à risque. Cependant, cette opération coûte près de 10 milliards d’euros et n’est pas toujours réalisable, notamment dans les sols granitiques de Bretagne. De plus, lors des incendies dans les Landes en 2022, les câbles enterrés ont fondu, remettant en question l’efficacité de cette méthode.

Vers une meilleure intégration des télécoms dans la gestion de crise

La méconnaissance du secteur des télécoms par les autorités complique la gestion des crises. Beaucoup se limitent à considérer les quatre grands opérateurs (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free), ignorant la multitude de gestionnaires de réseaux locaux. Ces derniers ne figurent pas dans le guide Orsec « RETAP Réseaux », référence pour le rétablissement des services essentiels. Une mise à jour de ce guide est prévue pour début 2026.

La Cour des comptes souligne l’urgence pour l’État de reprendre en main la coordination des acteurs et de clarifier les responsabilités, face à des événements climatiques de plus en plus intenses.

Les catastrophes climatiques mettent en lumière les faiblesses des infrastructures télécoms françaises. Pour garantir la continuité des communications en cas de crise, il est impératif de renforcer la résilience des réseaux, d’améliorer la coordination entre les acteurs et de reconsidérer les priorités en matière d’alimentation électrique. Une mobilisation collective est nécessaire pour faire des télécommunications un pilier solide de la gestion des catastrophes.

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